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Le registre des ayants droit économiques : ce qui change au 1er octobre 2026

La Suisse faisait figure d'exception parmi les grandes places financières, faute de registre central des ayants droit économiques. Dès le 1er octobre, c'est terminé, et plus d'un demi-million d'entités suisses acquièrent une obligation d'annonce que la plupart de leurs conseils n'ont pas encore lue.

Le 26 septembre 2025, le Parlement a adopté la Loi fédérale sur la transparence des personnes morales et l'identification des ayants droit économiques, ainsi qu'une révision de la Loi sur le blanchiment d'argent. Le délai référendaire est échu sans opposition. Le 12 juin 2026, le Conseil fédéral a publié l'ordonnance d'exécution et fixé la date : les deux entrent en vigueur le 1er octobre 2026.

Le calendrier n'est pas fortuit. La Suisse fait face à une évaluation nationale du GAFI en 2027–2028, et le registre répond à la lacune relevée lors de la précédente. Ce qui suit est la forme pratique de l'obligation, telle qu'elle se présente après l'ordonnance.

Ce qu'est le registre

Un registre fédéral centralisé des ayants droit économiques, tenu par l'Office fédéral de la justice et alimenté via le portail EasyGov. Il n'est pas public. L'accès est réservé aux autorités suisses compétentes et, aux fins de la vérification de la clientèle, aux intermédiaires financiers et aux conseillers soumis à la surveillance en matière de blanchiment. C'est le point le plus souvent mal lu : l'obligation est réelle, l'exposition ne l'est pas.

Qui doit annoncer

En principe toute entité constituée en Suisse : la SA, la Sàrl, les coopératives, les SICAV et les SICAF. Les entités étrangères sont visées lorsqu'elles présentent un rattachement suisse — une succursale inscrite, une administration effective en Suisse, ou des immeubles suisses — et certains trustees en relèvent également.

Hors du champ d'application : les entités cotées, les filiales détenues à plus de 75% par une ou plusieurs sociétés cotées, les entités détenues à 75% au moins par des collectivités publiques, les institutions de prévoyance, les associations suisses, les fondations suisses et les raisons individuelles suisses. Les deux seuils ne sont pas le même : l'art. 3 de la loi dit plus de 75% pour les filiales de sociétés cotées et 75% au moins pour la main publique, de sorte qu'une société détenue exactement à 75% par une mère cotée entre dans le champ d'application et n'en sort pas.

L'ayant droit économique est la personne physique qui, en dernier lieu, détient directement ou indirectement, seule ou de concert, au moins 25% du capital ou des voix — ou qui contrôle l'entité d'une autre manière.

C'est dans ces derniers mots que réside le travail. Conventions d'actionnaires, usufruits, options, pactes de famille et clauses de financement peuvent tous conférer le contrôle sans figurer dans l'actionnariat. La loi demande à la société de conclure sur des accords auxquels elle n'est parfois même pas partie. Lorsque, malgré une diligence réelle, aucun ayant droit économique ne peut être identifié, l'entité annonce à la place le membre le plus élevé de sa direction — une solution de repli, non un raccourci.

Dans quels délais

Les délais transitoires courent dès le 1er octobre 2026 et dépendent de la forme juridique et des circonstances. En résumé :

  • Trois à six mois pour les entités existantes, selon la catégorie de révision — les premières annonces échoient donc entre janvier et avril 2027.
  • Deux ans lorsque les ayants droit économiques sont tous déjà inscrits au registre du commerce comme associés ou membres d'un organe.
  • 1er mai 2027 pour les entités de droit étranger, qui doivent en outre désigner un représentant ou une adresse de notification en Suisse.
  • Un mois dès la première modification de l'inscription au registre du commerce intervenue dès le 1er octobre 2026, ce qui écourte le délai transitoire — et ensuite un mois dès chaque modification.

Ce que nous ferions maintenant

Rien de tout cela n'exige un projet. Il faut que quelqu'un s'assoie avec le dossier de la société avant l'automne, et pour la plupart de nos clients c'est le travail d'un après-midi.

  1. Cartographier les entités.

    Quelles sociétés du groupe entrent dans le champ, et quelle exemption s'applique réellement — le seuil de 75% en particulier est souvent supposé plutôt que vérifié.

  2. Lire les accords, pas seulement le registre.

    Le contrôle exercé d'une autre manière est la partie qui produit des surprises, et il est d'ordinaire documenté ailleurs que dans le registre des actions.

  3. Mettre les preuves en ordre.

    L'obligation est d'identifier, de vérifier et de documenter — une conclusion sans rien derrière ne résistera pas à une question ultérieure.

  4. Confier l'obligation de mise à jour à quelqu'un.

    La règle du mois en fait un processus permanent, non une annonce unique. Quelqu'un doit tenir le calendrier.

  5. Les conseillers devraient aussi vérifier leur propre situation.

    La révision de la LBA touche à qui entre dans le champ, et à la question de savoir si l'affiliation à un organisme d'autorégulation reconnu devient nécessaire.

Les groupes dotés de structures de holding à plusieurs niveaux ou étrangères devraient commencer plus tôt qu'ils ne le croient nécessaire. Établir qui contrôle une entité est rapide quand la réponse tient en une personne et un registre des actions. Ce ne l'est pas quand la réponse passe par trois juridictions et une convention d'actionnaires signée en 2011.

Sources

Loi fédérale sur la transparence des personnes morales et l'identification des ayants droit économiques, adoptée par le Parlement le 26 septembre 2025 ; ordonnance d'exécution publiée par le Conseil fédéral le 12 juin 2026, entrée en vigueur fixée au 1er octobre 2026 ; révision de la Loi sur le blanchiment d'argent qui l'accompagne.

Cet article contient des informations générales à jour à la date de publication. Il ne constitue pas un conseil dans un cas particulier : le traitement d'une structure donnée dépend de ses faits.

Vous ne savez pas si votre structure est concernée ?

Envoyez-nous l'organigramme de détention. Nous vous dirons quelles entités doivent annoncer, dans quels délais, et où la question du contrôle nous paraît moins réglée qu'elle n'en a l'air.

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